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Libérer les agriculteurs d’un modèle d’agriculture obsolète

Le modèle d’agriculture actuel est fondé sur le productivisme et la concurrence planétaire. La pression sociétale pousse à son remplacement par une agriculture de proximité et sans résidus de pesticides.

Le virage est déjà pris mais le changement de paradigme n’apparaît que trop faiblement dans les récentes lois de modernisation de l’agriculture. Les traités transatlantiques en discussions ne vont pas dans ce bon sens. Le ministre de l’agriculture du prochain quinquennat a du souci à se faire pour réformer ou remplacer l’usine à gaz du code rural et des textes européens de la PAC.

 

Le productivisme a été voulu pour engendrer un abaissement drastique des coûts de production et une standardisation des produits sur des critères de qualité n’ayant rien à voir avec le plaisir et la santé tels qu’on les recherche aujourd’hui. Pour abaisser les coûts, c’est le machinisme, couplé à la réduction du volume de la main d’oeuvre et à la sélection variétale, les progrès technologiques et l’organisation méthodique des tâches de production qui ont transformé radicalement l’agriculture en moins de quarante ans.

 

La diversité biologique s’est appauvrie, certaines variétés auraient disparues sans l’attachement de quelques passionnés marginalisés par ce système. Tous les produits agricoles amenés dans nos assiettes ont été progressivement normés au détriment de leur goût, de leurs qualités nutritionnelles comme facteur de santé. L’être humain s’est nourri en acceptant un transfert du plaisir naturel vers le paradis artificiel de la nouveauté des plats cuisinés aux aspects diététiques douteux.

 

Il ne voit plus le produit d’origine, il a perdu la relation avec la terre nourricière, terre et eau. La normalisation s’est étendue minutieusement jusqu’à étouffer tout acte réflexe de bon sens et à contraindre l’agriculteur à passer par des pratiques très complexes, très onéreuses, disproportionnées, qui industrialisent le vivant jusqu’à l’extrême de la rentabilité économique pure. Toute la chaîne de production, de transformation et de distribution s’est retrouvé liée par un pacte scellé par des normes et des produits phytopharmaceutiques sans lesquels tout s’effondrerait brutalement tant le vivant industrialisé et l’aliment qui en résulte sont devenus fragiles.

 

Dans ce pacte, la concurrence est la norme la plus élevée de toute les normes jusqu’à être une pratique obligée de la nouvelle religion séculière de l’économie mondialisée. La loi du plus fort est la règle à peine voilée, elle a placé le producteur de la matière devenue première en victime obligée des prix bas, sa qualité de vie se mesure à l’aune des suicides, des vieux garçons paysans sans descendance, sans avenir, sans considération.

 

Ceux qui s’en sortent la tête haute, et les compte en banques remplis, n’ignorent pas l’épée de Damoclès suspendue sur leurs têtes avec l’endettement pour des investissements biaisés par la fiscalité et l’accusation d’être des pollueurs et des empoisonneurs. Comme dans un laboratoire déréglé par un apprenti sorcier, la nature nous réserve ses catastrophes écologiques dont on va accuser l’agriculture via les industries phtytopharmaceutiques et les organismes de sélection. Tous les scandales touchant à l’alimentation, comme au monde pharmaceutique, montrent que le modèle productiviste, financiarisé, est arrivé à terme, il faut en changer d’urgence.

 

L’agro-écologie, sous ce vocable ou ce qui lui est proche, agriculture biologique, agriculture respectueuse de l’environnement, des animaux et surtout de la santé des concitoyens, voit arriver une nouvelle génération de paysans débarrassée des doxas toxiques diffusées depuis des décennies dans les centres d’enseignement et par les centres de recherche.

 

Un nouveau modèle économique doit l’accompagner sinon l’échec actuel en sera plus cuisant. L’agriculture est l’activité économique la plus noble car elle met le vivant à disposition pour l’indispensable alimentation et la santé des concitoyens. Elle doit retrouver cette noblesse longtemps volée, violée, niée. Elle le fera par la liberté et la prise de responsabilité personnelle acceptées et partagées dans la chaîne du sol à l’assiette.

 

Nous devons passer de la concurrence féroce et tueuse à la coopération équilibrée et à la co-décision depuis le producteur jusqu’au consommateur. Nous devons abandonner la mécanisation du vivant uniformisé, mécanisation masquée par l’inventivité sans bornes des industries agro-alimentaires vouées aux modes fugaces du mercantilisme agressif.

 

Nous devons nous approprier personnellement la richesse du vivant local, résistant aux maladies d’aujourd’hui, rustique et simple, dans sa diversité renaissante comme dans son histoire. Nous devons rejeter totalement les normes imposées et adopter seulement les bonnes pratiques qui visent à l’essentiel. Avec une fierté retrouvée, une intelligence réveillée, nous saurons produire sain, en abondance, et vendre d’abord localement et librement.

 

Les freins à cette révolution en marche sont nos habitudes conformistes calées sur un progrès en déroute, nos peurs drapées dans les oripeaux des aides publiques esclavagistes, nos médiocres satisfactions obtenues par des manoeuvres et compromissions subtiles pour digérer la complexité des règlements que nous co-élaborons avec les administrations hors sol de Paris et de Bruxelles, notre soutien aveugle à un système de recherche déconnecté des réalités économiques, notre attachement fait d’ignorance à un système de protection sociale monopolistique et mal géré qui sert des prestations misérables pour un coût exorbitant.

 

Toute la bonne volonté autrefois mise au service d’un système obsolète pourra enfin se révéler productrice d’un monde meilleur si nous le décidons, si nous passons de la servilité aux normes administratives et techniques à la gouvernance totale, c’est-à-dire au plein exercice du pouvoir et de la responsabilité que la nature confère aux seuls paysans pour nourrir leurs concitoyens.

 

Patrice Bersac

Président de syndicats viticoles (Syvif, Syvino)

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Un Commentaire

  1. LAURENT Claude dit :

    Je suis surpris de cette contribution qui donne une image caricaturale de l’agriculture d’aujourd’hui qui ne correspond pas à la réalité. Quant à l’allusion au système de protection sociale mal géré et qui verserait des prestations dérisoires aux agriculteurs, il marque pour le moins une méconnaissance totale du système de protection sociale agricole. Comment peut-on asséner de telles contre vérités alors que plus de la moitié des fonds distribués par la MSA proviennent de L’État grâce à la solidarité nationale ?
    C; LAURENT

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