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Laissons tomber le SMIC !

Le SMIC, comme son nom l’indique, est le salaire minimum en France et fixe la valeur minimale du travail échangé contre un salaire. C’est une somme arbitraire qui fixe, associé au temps de travail légal, le coût horaire d’un salarié pour son employeur.

 

Ses effets économiques sont bien connus : il empêche qu’un salarié soit payé moins que le SMIC ; mais en contrepartie, il empêche toutes les personnes qui ne sont pas capables de produire suffisamment (que ce soit par manque de formation, manque d’expérience, incapacité temporaire ou durable, ou toute autre raison) d’accéder à un travail. Pour éviter les trop bas salaires, le choix est fait de maintenir au chômage les moins en capacité de trouver un travail. La collectivité, solidaire, finance donc cette masse de chômeurs. Chômeurs qui sont donc, à l’évidence, des personnes qui soit voudraient travailler mais en sont empêchées par la loi, ou des personnes pour qui il est moins intéressant de travailler que de toucher le chômage. On ne saurait blâmer ni les unes, ni les autres.

 

Le SMIC est donc néfaste économiquement (voir ce dossier complet http://www.institutmolinari.org/IMG/pdf/note20083fr.pdf), et socialement destructeur : au-delà du fait d’entretenir une catégorie de la population dans une situation de précarité et de dépendance, il l’empêche de nouer les liens sociaux essentiels que l’on trouve dans le travail. Relations sociales, sentiment d’utilité, solidarité avec le reste de la société. Il bloque par ailleurs en partie l’intégration : un nouvel arrivant sur le territoire se voit presqu’obligé de travailler dans un premier temps au noir, tant le SMIC est une entrave à son entrée sur le marché. Sans la maîtrise de la langue, sans une certaine expérience de la société, comment être capable dès le début de produire une valeur au niveau du SMIC ? Ce qui est vrai de l’immigré, l’est aussi du jeune sans expérience et sans formation, et de tous ceux qui, en général, n’ont pas eu la même chance de se former que les autres. Le SMIC représente donc une sorte de double peine sociale.

 

Une politique responsable de retour au plein emploi consisterait donc, entre autres, à supprimer le SMIC. Mais ce serait une manière bien brutale de procéder. C’est la transition qu’il faut penser, afin de ne mettre personne dans une situation difficile, ni dans une nécessité de s’adapter trop rapidement. Le plus simple serait donc de cesser d’augmenter le SMIC : avec l’inflation, il finirait par simplement ne plus rien représenter du tout. Les effets seraient bénéfiques à tous les niveaux : accès facilité au marché du travail à tous ceux que cette barrière bloque, fin de la smicardisation des salaires, et – ce n’est pas le moindre – évolution vers une société de travailleurs, dans tous les sens du terme, donc de solidarité réelle.

 

Il n’y a aucune raison de ne pas adopter tout de suite cette mesure. Pourquoi les politiciens ne le font-ils pas ? Pour une raison aussi sordide qu’honteuse : pour acheter les voix des plus démunis. Au lieu tenir à la population un discours de vérité, les politiciens continuent, par mesurettes démagogiques, d’entretenir le chômage qu’ils promettent par ailleurs de réduire. Bien sûr, il y a d’autres causes au chômage que le SMIC ; mais au moins convenons collectivement de laisser tomber le SMIC !

 

Greg Moulin

Docteur en physique & blogueur

Membre de l’Avant-Garde (75)
 

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2 Commentaires

  1. Philippe Edmond dit :

    Ceci ne fonctionne que dans un cadre qui ne connaît pas d’autres causes de variations du prix du même travail.
    Dans un cadre réel, la suppression d’un prix minimum commun pour un travail produit ce qui était décrit dans l’Encyclique Rerum Novarum. « les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. »
    Il est désolant de voir toujours re surgir de vieilles lunes anti catholiques dans les initiatives des bien pensants.
    On oublie trop souvent ceci, toujours dans l’Encyclqiue « Nous passons à présent à un autre point de la question, d’une très grande importance, qui, pour éviter toute exagération, demande à être défini avec justesse. Nous voulons parler de la fixation du salaire.

    On prétend que le salaire, une fois librement consenti de part et d’autre, le patron en le payant remplit tous ses engagements et n’est plus tenu à rien. La justice se trouverait seulement lésée, si le patron refusait de tout solder, ou si l’ouvrier refusait d’achever tout son travail et de satisfaire à ses engagements. Dans ces cas, à l’exclusion de tout autre, le pouvoir public aurait à intervenir pour protéger le droit de chacun.

    Pareil raisonnement ne trouvera pas de juge équitable qui consente à y adhérer sans réserve. Il n’envisage pas tous les côtés de la question et il en omet un, fort sérieux. Travailler, c’est exercer son activité dans le but de se procurer ce qui est requis pour les divers besoins de la vie, mais surtout pour l’entretien de la vie elle-même. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (38). C’est pourquoi le travail a reçu de la nature comme une double empreinte. Il est personnel parce que la force active est inhérente à la personne et qu’elle est la propriété de celui qui l’exerce et qui l’a reçue pour son utilité. Il est nécessaire parce que l’homme a besoin du fruit de son travail pour conserver son existence, et qu’il doit la conserver pour obéir aux ordres irréfragables de la nature. Or, si l’on ne regarde le travail que par le côté où il est personnel, nul doute qu’il ne soit au pouvoir de l’ouvrier de restreindre à son gré le taux du salaire. La même volonté qui donne le travail peut se contenter d’une faible rémunération ou même n’en exiger aucune. Mais il en va tout autrement si, au caractère de personnalité, on joint celui de nécessité dont la pensée peut bien faire abstraction, mais qui n’en est pas séparable en réalité. En effet, conserver l’existence est un devoir imposé à tous les hommes et auquel ils ne peuvent se soustraire sans crime. De ce devoir découle nécessairement le droit de se procurer les choses nécessaires à la subsistance que le pauvre ne se procure que moyennant le salaire de son travail.

    Que le patron et l’ouvrier fassent donc tant et de telles conventions qu’il leur plaira, qu’ils tombent d’accord notamment sur le chiffre du salaire. Au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête. Si, contraint par la nécessité ou poussé par la crainte d’un mal plus grand, l’ouvrier accepte des conditions dures, que d’ailleurs il ne peut refuser parce qu’elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l’offre du travail, il subit une violence contre laquelle la justice proteste.

    Mais dans ces cas et autres analogues, comme en ce qui concerne la journée de travail et les soins de la santé des ouvriers dans les usines, les pouvoirs publics pourraient intervenir inopportunément, vu surtout la variété des circonstances des temps et des lieux. Il sera donc préférable d’en réserver en principe la solution aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin, ou de recourir à quelque autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers et d’en appeler même, en cas de besoin, à la protection et à l’appui de l’Etat. »

  2. Greg Moulin dit :

    @Philippe Edmont : merci pour votre commentaire. Je ne sais pas s’il y a besoin d’appeler à la rescousse une encyclique pour réfléchir à la question 😉
    Plus sérieusement, j’entends bien l’argument consistant à décrire des situations extrêmes, de personnes « obligées » par nécessité de travailler pour moins que ce qu’il leur faut. Outre que cela reste relativement extrême, donc limité, je ne pense pas que cela soit un contre-argument valable. Mon point de vue est qu’il faut dissocier d’une part, l’aide que nous souhaitons collectivement, solidairement, apporter aux plus démunis, et d’autre part le niveau des salaires. Rien n’interdit de laisser l’offre et la demande s’équilibrer librement sur le marché de l’emploi, et en parallèle (mais sans distordre le marché) apporter une aide, collectivement, à ceux qui en ont besoin. Laisser le marché de l’emploi fonctionner de manière fluide et souple, adaptative, n’empêche en aucune manière de combler ceux que ce jeu laisse de côté. (je précise que c’est pas de la faute du jeu du marché que ceux-ci sont laissés de côté, mais plutôt par une succession d’évènements et de conditions particulières qui les rendent moins aptes que d’autres ; cela ne doit jamais conduire à les juger – plutôt à leur apporter notre aide -, encore moins à condamner le jeu libre du marché).

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