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Politique familiale en berne !

Alors que Les Familles Plumées appellent à se mobiliser ce week-end partout en France et qu’un sondage Ifop montre que 83% des Français sont contre la politique familiale, la réforme du congé parental et la mise sous condition de ressource des allocations, des membres du collectif demandent à François Hollande de faire marche arrière.

Il ne faut jamais ignorer l’Histoire. Certes, les événements se reproduisent rarement à l’identique mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et les Français finissent par avoir raison des injustices qu’un gouvernement incapable de se réformer leur inflige.

Dans son discours de politique générale en juin 1997, Lionel Jospin avait annoncé un plafonnement des allocations familiales : « Afin de rendre plus juste et plus efficace notre système d’aide aux familles et d’en réserver le bénéfice à celles qui en ont effectivement besoin, les allocations familiales seront placées sous condition de ressources inférieures à 25 000 F par foyer » (3 800€).

Un an plus tard, le 12 juin 1998, il déclare renoncer à une mesure qui coalise contre lui la plupart des Français, y compris dans son propre camp : « L’attachement de beaucoup, notamment au sein du mouvement familial, au principe d’universalité des allocations familiales est tel qu’il a provoqué un raidissement de leur part et une opposition à cette mesure… ». Et d’expliquer aux députés socialistes qui y voyaient une capitulation : « Je ne prends pas à mon compte l’argument selon lequel un gouvernement ne peut pas revenir sur ses décisions ».

Quinze années plus tard, François Hollande n’a pas l’air de se souvenir de cet épisode qui avait vu la CGT et les communistes se désolidariser du gouvernement pour unir leur protestation à celle de l’opposition, Martine Aubry réclamer l’abandon d’une réforme qu’elle avait elle-même défendue et Lionel Jospin s’isoler de plus en plus face à la grogne des familles et des contribuables.

Car, non content d’abaisser à deux reprises le plafond du quotient familial, le portant d’abord à 2 000€ en 2013 contre 2 336€ en 2012, puis à 1 500€ en 2014, François Hollande, dont la popularité est loin d’égaler celle de Lionel Jospin en 1998, souhaite cumuler ces mesures déjà discriminatoires avec la modulation des allocations familiales en fonction des revenus, rompant ainsi le pacte national qui prévalait sur cette question depuis 1945. En fait de modulation, il s’agit surtout d’une diminution car en aucun cas les sommes ôtées aux uns ne seront données aux autres.

De plus, les familles doivent encaisser toute une série de mesures injustes dont la dernière en date est la réforme du congé parental. Sous le prétexte hypocrite de garantir l’égalité hommes-femmes, le gouvernement s’immisce en effet dans la vie privée des familles au point d’abaisser d’une année le congé des mères si leur conjoint ne le partage pas avec elles. Un moyen de réaliser des économies à bon marché en se drapant dans des principes qui ne dupent personne.

Quant aux contribuables, ils ne peuvent que constater que l’impôt n’a cessé de s’alourdir depuis deux ans et ils ne font plus confiance à François Hollande quand il annonce une pause fiscale en 2013 ou la fin de toute augmentation supplémentaire des impôts en 2015. Le ras-le-bol fiscal est général et le consentement à l’impôt sérieusement entamé. Comment accepter la suppression de la première tranche d’imposition sur le revenu alors que le gouvernement accroît la progressivité de l’impôt en modulant les allocations, faisant ainsi peser celui-ci sur un nombre de contribuables toujours plus restreint.

La coupe est pleine et elle va déborder. Les familles et les contribuables ne peuvent accepter d’être les victimes de la mauvaise gestion de François Hollande, incapable de faire les économies réellement nécessaires à la réduction de notre déficit public. Ils ne supportent plus d’être les vaches à lait d’un socialisme archaïque qui ne raisonne qu’en termes d’emplois aidés et d’un État obèse qui n’arrive pas à maigrir.

C’est désormais le temps de l’union des familles et des contribuables. Partout en France, ils manifesteront dimanche 23 novembre sous les couleurs des « familles plumées », un collectif qui réunit familles et contribuables pour la défense d’une authentique politique familiale. Dans l’histoire des révolutions, la révolte fiscale cache souvent d’autres mobiles plus profonds. Elle n’est en général que la face émergée de l’iceberg de la contestation mais elle comporte ce caractère d’immédiateté qui permet de coaliser les mécontentements et de faire reculer le gouvernement.

Les sénateurs nous ont donné l’exemple vendredi dernier en portant le fer à l’hémicycle, obtenant ainsi la suppression de la « loi scélérate » adoptée en première lecture par l’Assemblée. Il revient désormais aux familles plumées de transformer l’essai dans la rue et de plaire plier le gouvernement. La victoire est à ce prix.

Charles Beigbeder, entrepreneur et élu de Paris,

Charles Millon, ancien ministre,

Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour Tous,

Serge Federbusch, président du Parti des Libertés,

Jean-Philippe Delsol, avocat et président de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales)

Claude Garrec, président de Contribuables Associés,

Julie Graziani, porte-parole du collectif Ensemble pour le bien commun,

Thibaud de Bernis, président du Cercle Charles Péguy de Paris.

Atlantico

Modulation des allocations

Le début de la fin du modèle social français !

Dès l’été 2015, les allocations familiales seront modulées en fonction des revenus. Ce n’est pas un coup de rabot dans la politique familiale française comme le pense Alain Juppé. Une nouvelle fois le Duc d’Aquitaine ne voit pas plus loin que le bout de sa Garonne. C’est le coup fatal au modèle familial français. Marisol Touraine l’assume fièrement. «C’est une réforme de progrès, c’est une réforme de justice, c’est une réforme de gauche». Elle a raison. C’est une victoire. Celle de l’effondrement d’un système, d’une philosophie et d’un socle. La victoire de ce progrès qui ne résonne qu’en individu, la victoire de cette justice qui ne voit que d’un œil, la victoire de cette gauche révulsée par tout fondement.

En un demi-quinquennat, Hollande et sa clique ont enterré le modèle familial français au nom du bien commun. Mariage pour tous pour l’égalité, congé parental pour l’égalité, quotient familial pour l’égalité, réforme des allocations familiales pour l’égalité. On jette un voile impudique sur une porte entrouverte, on découvre peu après qu’elle a été défoncée à coups de bélier. A peine la Loi Taubira entérinée, une circulaire GPA sortait des jupons de notre Garde des Sceaux. On impose le partage du congé parental, on découvre que les familles ne peuvent se passer du salaire du père. On transforme une politique familiale en politique de revenu, on constatera que comme toutes redistributions, la masse invisible nommée classe moyenne sera la première touchée.

En introduisant une dimension sociale dans la famille, cette gauche induit une distinction entre les familles selon leurs revenus. C’est ce principe même de l’universalité qui vacille. Quitte à faire des économies, allons-y franco, suspendons ces allocations, mais suspendons-les pour tous. Pour quelques centaines de millions d’euros, cette gauche est prête à tout, jusqu’à même ébrécher l’un des piliers déjà fragile de notre nation: l’égalité. «Chaque famille est une brique qui construit la société» dit le Pape François. Aucune armature bâtie sur des pierres asymétriques ne résiste bien longtemps.

C’est aujourd’hui les allocations familiales, ça sera demain la sécurité sociale, le forfait hospitalier, l’école publique et pourquoi pas les timbres et la baguette de pain. En drapant cette mesure de «justice» et de «progrès», cette gauche confirme l’idéologie qui les cornaque. Une idéologie fondée sur la destruction de son adversaire. Ces familles réactionnaires pas assez pauvres pour être encouragées, suffisamment enracinées pour être détestées et trop jeunes pour être culpabilisées. Ces mêmes familles restées trop longtemps invisibles pour être considérée, jusqu’à cette manifestation de janvier 2013.

Oui c’est une réforme de gauche. De cette gauche qui voit dans le progrès que l’annihilation, cette gauche qui ne crée rien mais qui détruit tout. Cette gauche qui considère son pays comme un damier sur lequel on avance ou on retire des pions. Cette gauche qui ne pense qu’en caste, réduisant les personnes à leurs sexes ou leurs comptes en banque. Cette gauche qui au nom d’un égalitarisme bidon oppose et divise: public et privé, riches et pauvres, homos et les hétéros…. Oui c’est une réforme de gauche, cette gauche qui ne vit que dans l’instant, vomissant son passé et fermant les yeux sur l’après. Cette même gauche certaine que la droite ne reviendra sur rien.

Arthur de Watrigant

Le Figaro

Chrétiens d’Orient : Silence, on tue !

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À cheval sur l’Irak et la Syrie, le sinistrement célèbre Daech, ou Etat islamique, ou « Califat », fait régner depuis maintenant plus de six mois la terreur. Minorités, hérétiques et « infidèles », il humilie, massacre ou force à l’exil les populations qui n’ont pas l’heur de lui plaire. Parmi elles, au premier rang, les chrétiens d’Orient. Ce sont les grands oubliés de la géopolitique mondiale, ceux que l’on passe par pertes et profits depuis plus de vingt ans. On les salue régulièrement, on loue leur rôle irremplaçable dans un monde compliqué, leur apport à l’une des plus vieilles civilisations du monde, on se plaint de leur progressive disparition.

Et pourtant, dans les faits, dans la communauté internationale, tout cela reste lettre morte. Qui se risque à les défendre, enfin, au-delà des mots ? Les bombardements de la « coalition », comme l’on dit, faute d’un autre mot, où se bousculent Américains, Européens – surtout la France – et émirats arabo-pétroliques, dont certain qu’on ne nommera pas une fois de plus finançait hier encore les mêmes djihadistes qu’aujourd’hui on le force à combattre, apportent certainement une bouffée d’oxygène bienvenue aux dernières forces armées du coin qui n’aient que du sang impur sur les mains, les peshmergas kurdes.

Reste que le fond du problème, c’est-à-dire l’épuration, lente d’abord et accélérée récemment, de tout ce qui n’est pas musulman orthodoxe dans la région – et quelle région ! elle s’étend de Constantinople à Bagdad, car notre pseudo-allié turc, celui que l’on nous sommait d’intégrer dans cette Europe qui ne devait pas rester un « club chrétien », quand il poignarde les Kurdes dans le dos aujourd’hui ne fait que poursuivre son antique politique de turcisation générale – n’a pas été réglé. Il y a un écho historique indéniable entre cette disparition des chrétiens d’Orient et celle des juifs d’Europe : on gomme par les armes et l’intimidation plusieurs millénaires de civilisation sous nos yeux.

Jacques de Guillebon

Causeur

L’oeil de Péguy

Charles Péguy s’avère plus que jamais utile et pertinent pour appréhender notre monde !

Péguy et la Gauche, ça grince. Comme un caillou glissé dans le soulier. Peu s’en réclament et lorsque certains le citent, l’absurde pointe son nez. BHL, notre VRP national qui fait grimper le cours des roquettes dès qu’il remue les lèvres, l’accusa même naguère de trahison dans L’idéologie française, lui reprochant d’avoir contribué avec Barrès à la naissance d’un national-socialisme en VF. «Traître» le mot est lâché. Lui, le socialiste, aurait trahi ses idéaux originaires de gauche. On lui reproche d’avoir réfuté le déterminisme matérialiste de cette gauche, en se rapprochant de Bergson, en se convertissant à la religion catholique.

Si les balles allemandes eurent raison de son corps un soir de septembre 1914, les salves meurtrières affluèrent sur son âme peu après. Dès 1927, Julien Benda écrivit dans La trahison des clercs: «Tous les moralistes écoutés en Europe, les Bourget, les Barrès, les Maurras, les Péguy, les D’Annunzio, les Kipling, l’immense majorité des penseurs allemands ont glorifié l’aspiration des hommes à se sentir dans leur nation, dans leur race en tant qu’elles les distinguent et qu’elles les opposent.» Tout le monde le sait, les morts se libèrent de leurs véritables pensées et s’ils ne le font pas, d’autres s’en chargent pour la bonne cause.

De socialisme patriote à nazi français il n’y a qu’un pas, selon nos «chargés de conscience» qui rendent impure la pureté, raciste la race et hostile l’enracinement. Comme le rappelait Alain Finkielkraut dans son Mécontemporain, «Quand Péguy parle de race… il affirme la liaison intime d’un peuple et d’une idée… la race n’est pas, comme le veut le raciste, l’impossibilité de faire autrement, elle se définit par le fait doublement paradoxal de naître avec une parole d’honneur et de pouvoir s’y dérober à tout instant».

Il n’est nullement là question de race pure, d’ordre ethnique ou de phobie du mélange. Ce n’est ni une fatalité, ni une exclusion mais bien une exigence, celle de garder pure l’intention. Fidélité à un peuple, enracinement: Péguy défendait lui-même le principe d’un «arrachement raciné» de la pensée, c’est-à-dire l’héritage auquel l’individu doit se soumettre et qu’il doit transmettre. Autant de portes fermées au nom d’une fausse égalité, autant de mots et de sujets confisqués au nom d’un vivre-ensemble tyrannique, autant de déshérités au nom d’une prétendue liberté.

L’œil de Péguy s’avère plus que jamais utile et pertinent pour appréhender notre monde. Sa critique de la modernité, son intransigeance et son patriotisme constituent un arsenal dont il serait dommage de se passer. C’est une invitation à la résistance culturelle, intellectuelle et spirituelle qu’il nous propose, lui le poète, le socialiste, le patriote, le catholique, le révolutionnaire, l’antimoderne, lui qui tomba à la Bataille de l’Ourcq il y a 100 ans, alors que résonnait «ce karaoké d’estrade», l’hymne de cette France qu’il aima jusqu’au sacrifice. Il nous invite à être témoins de l’espérance mais enracinés dans l’intransigeance.

Arthur de Watrigant

Le Figaro

De Péguy à Finkielkraut, l’enracinement comme fondement de l’identité française

A l’heure d’une crise idéologique de la droite française, il est temps de repenser l’identité à la lumière d’une tradition qui va de Péguy à Finkielkraut, celle de l’enracinement.

Poussée du Front national national-républicain, divergences à l’UMP, quasi-disparition de la démocratie chrétienne: la crise du politique s’accompagne en France d’une profonde crise identitaire de la droite. Les résultats des élections municipales prouvent une fois de plus que la droitisation de la société française se double dans le même temps de l’atomisation de cette droite. Une droite qui reste incapable de penser ni même de se penser parce qu’elle a abandonné, par lâcheté en général, les instruments intellectuels dont elle avait hérité. Face à une gauche qui la pétrifie en lui parlant d’une universalité aujourd’hui déguisée sous le nom de diversité, elle ne sait que répondre, de peur de ranimer les vieux démons de l’identité hystérisée.

Mais plus que l’identité de la droite c’est l’identité de la France, au sens où l’entendait Fernand Braudel, qu’il s’agit aujourd’hui de questionner. Identité, le mot est lâché. Alain Finkielkraut, qui en a livré une étude magistrale il y a quelques mois dans L’Identité malheureuse (Stock, 2013), a subi plus qu’à son tour les assauts de la bien-pensance, coupable qu’il était de relire Burke, Barrès ou Péguy à la lumière sombre de notre temps.

L’identité s’oppose au premier abord aux réalité de notre temps: mondialisation, réseaux, mobilité, multiculturalisme… Aux yeux de la gauche, c’est un mot interdit. Pourtant, surtout dans sa conception française, l’identité ou plutôt les identités qui nous constituent ne relèvent pas de l’enfermement et de la régression mais participent d’une ouverture sur l’universel. Imagine-t-on Platon sans Athènes, Dante sans Florence ou Péguy sans Chartres? L’identité, lorsqu’elle procède d’un enracinement et non d’un repli artificiel sur soi, est une des conditions du déploiement de la liberté de l’homme. Péguy défendait lui-même le principe d’un «arrachement raciné» de la pensée, c’est-à-dire d’une possibilité de l’héritage et de la transmission. C’est sans nul doute cette porte qui nous a été fermée, au nom d’une fausse égalité et d’un vivrensemble tyrannique.

Quand on l’interroge sur Charles Péguy, Alain Finkielkraut répond précisément que «nous sommes comptables d’un certain héritage, nous sommes comptables d’un certain passé. Nos ancêtres nous regardent. Nous avons à nous en montrer dignes. Nous devons être à la hauteur.» C’est à une dynamique de l’enracinement spirituel et temporel que nous invite Finkielkraut. Le pessimisme de l’auteur du Mécontemporain peut rebuter certains: il a pourtant l’immense mérite d’interpeller les hommes politiques et les citoyens sur l’urgence de modifier leur regard sur notre société, d’employer les mots justes pour désigner les réalités qui s’offrent à nous. La crise du politique est une crise de la promesse et de l’action en même temps qu’un refus de la décence et de la mesure. Pour retrouver nos libertés vis-à-vis de l’Etat, des puissances d’argent et du politiquement correct, il est temps de restaurer les solidarités naturelles, le sens du bien commun et la liberté de l’esprit.

Thibaud de Bernis

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/03/27/31003-20140327ARTFIG00074-de-peguy-a-finkielkraut-l-enracinement-comme-fondement-de-l-identite-francaise.php